L’activité de Paul Faucher, qui deviendra le célèbre Père Castor, se situe immédiatement après la guerre de 1914-1918. Contre les méthodes autoritaires du passé qui, de plus en plus, se révèlent impropres à former des hommes conscients et actifs, partout la pédagogie s'efforce de définir des méthodes nouvelles qui  se fonderaient sur les possibilités de l'enfant et développeraient sa créativité.   Paul Faucher devient un défenseur passionné de ces idées, ou, suivant son expression « l'un des sergents recruteurs de la nouvelle éducation ». Sa librairie - car il est libraire - joue rapidement le rôle d'un centre de recherche et de liaison. Elle lui permet de prendre contact avec les meilleurs spécialistes du temps, par exemple l'équipe de l'Institut Jean-Jacques Rousseau de Genève (Bovet, Ferrière, Claparède et Piaget) ou les chercheurs tchèques, en. particulier Frantisek Bakule et Havranek.

     Paul Faucher crée en 1927 chez Flammarion une collection d'essais initiant à l'éducation nouvelle: qui fut la première en France pendant longtemps.

Sa rencontre avec le grand pédagogue tchèque

 Dès le départ, Paul Faucher aborde un problème différent mais capital, celui de l'image et de son rapport au texte. L'album en effet s'adresse à un âge où l'enfant, s'il n'interprète pas encore avec aisance les symboles de l'écriture, est cependant déjà capable de reconnaître la représentation d'un objet, de manier des images.

 Cette analyse inspire à Paul Faucher l'idée de concevoir l'album comme un tout où l'image aide à comprendre le texte et le texte à approfondir l'image. Il n'oublie pas non plus qu'un livre qui s'adresse aux premiers âges doit contenir des éléments d'activités qui permettent à l'enfant de les utiliser comme base ou comme éléments de jeux.

 C'est toute la structure de l'album classique qui se trouve transformée.

En 1932, Paul Faucher, chargé de mission pour l'étude des écoles et des méthodes nouvelles en Autriche, Allemagne, Hongrie, Tchécoslovaquie; Pologne, rend plus étroite encore sa collaboration avec la pédagogie tchèque l'une des plus avancées d'Europe. Il rencontre L. Havranek, autre éducateur de grande valeur et Lida Durdikova, animatrice de l'institut Bakulé, qui deviendra sa femme et l’une de ses principales collaboratrices. Il réunit autour de lui une

LES ORIGINES DU PERE CASTOR

Frantisek Bakule Paris 1947

Bakule a lieu au Congrès de l'éducation Nouvelle, à Locarno, en 1927, et marque un véritable tournant dans la vie de Paul Faucher. Il prend la décision de restreindre le temps qu'il consacre à la propagande et d'essayer « de toucher les enfants eux-mêmes», en utilisant son expérience de pédagogue, d'artiste, d'éditeur et de libraire. Son dessein, c'est d'apporter aux enfants « des ferments de libération et d'activité » dans le secteur qu'il connaît le mieux, celui du livre.

Paul Faucher poursuit une réflexion générale sur la possibilité de mieux adapter les livres aux capacités des enfants, en s'appuyant sur les données de la psychologie et de la pédagogie nouvelles.

Le projet de Paul Faucher, soutenu par des artistes comme Paul Desjardins, Jean Schlumberger, Roger Martin du Gard, est retenu par les éditions Gallimard et reçoit en particulier l'approbation du philosophe Brice Parain.

     C’est chez Flammarion, en 1931,  que paraissent les deux premiers Albums du Père Castor: deux  livrets minces et sans prétention, qui vont entraîner une profonde révolution dans l'édition française.

équipe d'artistes et d'éducateurs et leur apprend à se plier à la discipline du travail collectif. Parmi ces pionniers, il faut au moins citer les noms de Pierre Belvès et de l'illustratrice Nathalie Parain qui fit les images des tout premiers albums du Père Castor et répéter celui de Lida (Durdikova) à qui l'on doit les meilleurs titres de la collection,  le « Roman des Bêtes »,  est le plus célèbre de tous ceux qui sont sortis du célèbre atelier.

Paul Faucher, Forgeneuve 1960